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TIBET, INDE, CHINE, DES ANTILOPES ET LE DALAI-LAMA

 
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Sunyata


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MessagePosté le: Dim 8 Nov - 18:59 (2009)    Sujet du message: TIBET, INDE, CHINE, DES ANTILOPES ET LE DALAI-LAMA Répondre en citant

http://www.claudelevenson.net/lettres/Newsletterdenovembre.pdf

[justify]Elle court, elle court la polémique – entre New Delhi et Pékin, c’est à qui aura le
dernier mot : querelle de clochers ? Non, pas vraiment, peut-être moins dérisoire, différend frontalier polarisé autour de la visite annoncée à l’avance du Dalaï-Lama en Arunachal Pradesh. Depuis plusieurs semaines, Pékin n’a de cesse de multiplier protestations et remontrances, accompagnées de revendications réitérées de prétendue souveraineté sur un territoire indien désormais qualifié de « disputé ». Au point de se faire finalement remettre en place avec une exquise diplomatie par le premier ministre indien, répondant aux jérémiades chinoises que le Dalaï-lama est « un hôte honoré » et qu’en conséquence, il était libre d’aller et venir à son gré dans tout le pays. Sans en avoir l’air, une élégante manière de donner un exemple que d’aucuns seraient bien avisés de suivre…

Pour autant, la dispute n’est pas anodine : elle porte sur la définition d’une frontière
naguère entre le Tibet et l’Inde (britannique) selon la ligne dite McMahon, convenue lors de la conférence tripartite de Simla en 1914, que la Chine de l’époque avait acceptée en paraphant la Convention, sans néanmoins la ratifier ensuite. Et du coup, Pékin ressort la carte de sa manche, sous prétexte que « le Tibet faisant partie de la Chine » et que la vallée himalayenne où se trouve depuis plus de trois siècles le monastère de Tawang étant sous influence tibétaine…, il va de soi que l’état (indien) d’Arunachal Pradesh appartient bien entendu à la Chine. CQFD. Pas si simple néanmoins, d’autant que les laborieuses tractations à ce propos, longtemps gelées, entre les gouvernements des deux géants asiatiques achoppent toujours, les autorités chinoises s’arc-boutant sur leur position et allant jusqu’à protester non
seulement quand il s’agit d’un déplacement du Dalaï-lama, mais aussi peu auparavant lors d’un voyage de campagne électorale du premier ministre indien dans la région, provoquant un certain agacement à New Delhi. Les dirigeants indiens préfèrent cependant ne pas jeter de l’huile sur le feu, minimisant les frictions dans l’espoir que leur partenaire reviendra à des sentiments moins tapageurs.

Et comme pour mieux se faire entendre, ajoutant aux griefs, l’APL (l’armée chinoise
dite de libération) multiplie les incursions plus ou moins furtives à l’autre bout de l’arc
himalayen, du côté du Ladakh ainsi que du Cachemire : près de trois cents ‘incidents’
recensés en 2008, jalonnés de canettes de bière vides et de barbouillages de rochers en rouge. De quoi préoccuper stratèges et experts militaires qui mettent en garde les responsables politiques de New Delhi, appelant à la vigilance et au renforcement de la surveillance des frontières septentrionales du pays. La presse américaine et anglo-saxonne ne s’y est pas trompée, qui suit d’un oeil attentif à la fois le déplacement du Dalaï-lama en Arunachal pour des enseignements et pour l’inauguration d’un hôpital, et la première visite du président américain à Pékin, au lendemain de cette tournée pastorale que Washington a soutenue par la voix de sa préposée aux affaires tibétaines au Département d’Etat.

Il n’empêche : dans la communauté tibétaine en exil, on s’inquiète de l’emprise qui va
croissant de l’affirmation chinoise de dicter sa volonté tous azimuts et de la propension tout aussi croissante de plier l’échine de nombre de gouvernements à travers le monde. Ainsi, Pékin a obtenu l’interdiction d’une exposition de photos sur l’exil des Tibétains dans une galerie privée de Dacca, au Bangladesh, le jour même de son vernissage, et d’aucuns n’ont pas fini de s’interroger sur le silence remarqué d’Amnesty International et de Human Rights Watch, deux ONG reconnues d’ordinaire promptes à dénoncer les atteintes aux droits de l’homme, à propos des récentes exécutions de jeunes Tibétains à Lhassa, supposés avoir participé aux protestations de mars 2008. Et dire qu’il aura fallu attendre début novembre
pour que le groupe parlementaire d’études sur le Tibet réagisse en France, ce qu’avaient fait sans tarder des porte-parole officiels britannique, américain et européen (au nom de l’UE) pour ne citer qu’eux. Le porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères s’était d’ailleurs empressé d’exprimer son « fort mécontentement et notre opposition résolue au communiqué de l’Union européenne », recommandant de surcroît à celle-ci de « ne pas s’immiscer dans ce dossier ».

Message apparemment bien reçu au Quai d’Orsay, où l’actuel locataire des lieux a eu probablement un moment d’amnésie, lui qui regrettait, un certain 25 mai 1991, à propos du Tibet justement, « nous serons encore une fois juste un petit peu en retard. C’est dommage pour notre pays », avant d’ajouter « ce n’est pas une question de gouvernement de droite, de gauche ou du centre ». Il est vrai qu’à l’époque, il n’était que secrétaire d’Etat à l’action humanitaire et que le parti au pouvoir (ce n’était pas l’UMP) n’avait pas signé de protocole d’accord avec le PCC, qui était, lui, déjà au pouvoir à Pékin et entend bien y rester…

Et comme pour brouiller davantage le tableau ou détourner l’attention, la presse
chinoise (du moins en français et en anglais), emmenée par la très officielle agence Xinhua, faisait savoir que le nombre de touristes (chinois ?) était en hausse constante au Tibet et contait la touchante histoire d’une fillette tibétaine qui revêtait ses plus beaux atours (photos à l’appui) pour aller rendre visite à ses amies les antilopes tibétaines dans la réserve de Hoh Xil au Qinghaï (Amdo) où son papa s’occupe à plein temps de veiller à leur bien-être. Autant pour la protection de la faune et du milieu ambiant…

Mieux encore, la même agence propose début novembre une histoire encore plus
émouvante, celle d’une grand-nièce du Dalaï-lama, devenue – après deux tentatives avortées – membre du parti communiste et qui déclare avec ferveur « ce fut le plus beau jour de ma vie ». On veut bien la croire, mais quand elle exprime « l’espoir que le dalaï-lama vienne visiter son hameau natal en Amdo, - pardon, au Qinghaï dans le nord-ouest de la Chine », un fâcheux reflet de propagande officielle glisse sur les mots ainsi articulés : « le dalaï-lama a quitté son village à cinq ans, il y est revenu une fois à dix-huit ans. Maintenant, c’est un vieil homme, et les vieilles gens ont souvent la nostalgie de leur lieu natal. Je souhaite qu’il puisse venir en visite » - à se demander qui l’en empêche ! Message codé, ou manoeuvre de pure propagande à la veille de la visite à Tawang – au lecteur d’en décider.

Dans une récente réflexion*, Woeser la poétesse ne s’y trompe pas. Commentant les
« 56 piliers massifs aux couleurs vives de l’unité nationale érigés pour les fêtes du 1er
Octobre » censés symboliser « l’égalité, l’unité et l’harmonie des 56 nationalités », elle relève qu’ils ont été plantés en raison de fréquents problèmes de minorités. Et de constater : « Ils ne peuvent nullement masquer le désir des autorités de faire obstruction à la réalité, au contraire, ils éclairent davantage une crise réelle. Aller trop loin est aussi mauvais que de ne pas aller assez loin ; plus on tente de cacher quelque chose, davantage on l’expose, et plus on s’efforce d’être habile, plus vite on va dans le mur ».

« La Chine n’a jamais été en mesure d’assimiler le Tibet – notait un analyste indien
dans le magazine Outlook – et Pékin blâme l’Inde pour cet échec, car en accueillant le Dalaï-Lama, elle aurait maintenue vivante l’identité politique et culturelle du Tibet. » Peut-être. Au bout d’un demi-siècle d’exil et de six décennies d’occupation, entretenue vaille que vaille, la petite flamme brille toujours davantage alentour. Raison de plus de persévérer et de ne pas la laisser s’éteindre, le monde – et chacun d’entre nous – en a grandement besoin.

C.B.L.
*www.highpeakspureearth.com


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MessagePosté le: Dim 8 Nov - 18:59 (2009)    Sujet du message: Publicité

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