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LES AUTRES PASSENT, LE DALAI-LAMA DEMEURE

 
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Sunyata


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MessagePosté le: Dim 7 Mar - 19:13 (2010)    Sujet du message: LES AUTRES PASSENT, LE DALAI-LAMA DEMEURE Répondre en citant

http://www.claudelevenson.net/lettres/Newslettermars2010.pdf

Ainsi donc, au grand dam de la clique gouvernante à Pékin, l’actuel locataire de la
Maison Blanche a fini par tenir ses engagements d’y recevoir le Dalaï-lama, certes non pas dans le fameux salon ovale, mais dans une pièce moins exposée aux regards extérieurs. Dame, entre le prix Nobel de la paix d’il y a plus de vingt ans et son plus récent récipiendaire, les sujets de discussion ne manquent pas, quand bien même en raison du vacarme orchestré par le bureau de propagande chinoise, le président américain s’est contenté d’en faire le minimum. Sa secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, Hillary Clinton, avait d’ailleurs donné le ton en précisant tout de go à ses interlocuteurs chinois lors de sa première visite chez eux que la défense des droits de l’homme ne devait en rien interférer dans les rapports économico-financiers tortueusement imbriqués des deux grands riverains de l’Océan Pacifique. Le reste du monde était ainsi averti. Pouvait-on s’attendre à davantage en des temps tumultueux où le fric-roi donne l’impression de mener la ronde affolée du monde et où cette bonne vieille terre elle-même semble exprimer son exaspération des caprices de l’espèce humaine ?

Fidèle en cela à l’un des préceptes fondamentaux de son credo, comme à son habitude, le Dalaï-lama a accepté avec sa générosité coutumière ce qui lui était offert. Reste un sujet de réflexion pour quiconque s’autorise un instant d’arrêt, ou de silence intérieur. Puisque seuls un communiqué à la formulation laborieusement pesée de la Maison Blanche et les propos mesurés du leader tibétain à l’issue de la rencontre se cantonnent à des généralités, il est tentant de modifier un peu l’optique. Tout, ou à peu près, a été dit dans le sillage de ce rendez-vous que certains avaient espéré historique, que d’autres avaient perçu comme un pas de clerc et que d’aucuns s’étaient empressés de juger offensant – et dont chacun avait pu conclure que sur le moment, la face du monde n’en avait pas été changée. Mais qu’est-ce au demeurant qu’une brève rencontre entre deux hommes au regard de la vie qui va, l’un supposé le plus puissant à la présidence d’un pays réputé fort en proie à ses multiples contradictions, et l’autre se définissant comme « un simple moine bouddhiste », exilé de surcroît depuis un demi-siècle de sa terre, mais dont le rayonnement personnel ne cesse d’étonner ? Au-delà de l’image et des mots, une histoire se révèle en creux. La nôtre, peut-être ?

Il y a des années, dans un repli d’une époque éloignée aussi bien dans le temps que
dans l’espace d’un chaos déjà mondialisé – fin février 1940 – un garçonnet inconnu montait à cinq ans sur le mythique Trône du lion dans un grand hall de cérémonie du Potala en un lieu considéré comme divin. Dans sa forteresse himalayenne, Lhassa intronisait dans un déluge de fastes traditionnels et de rituels complexes la quatorzième incarnation du leader spirituel et temporel du Tibet, le Dalaï-lama. Bien peu nombreux sont aujourd’hui ceux qui ont vu l’événement de leurs yeux vu, ou qui gardent souvenance de son lointain écho. Pourtant, de vieilles photographies en témoignent sans équivoque : ce regard qui ne trompe pas, on le retrouve aujourd’hui encore dans les yeux tour à tour sérieux ou malicieux de Tenzin Gyatso.

Même l’invasion militaire de 1950 par un voisin aussi puissant que trempé par une longue guerre civile n’aura pas réellement attiré l’attention d’un monde occupé à panser ses plaies. La révolte populaire neuf ans plus tard qui a entrainé l’exil n’aura ensuite été qu’un bref coup de projecteur sur une actualité passagère, vite occultée parce que mal comprise. Pendant toutes ces années, le jeune hiérarque tibétain qui a beaucoup perdu – son pays et le pouvoir – se sera néanmoins forgé une stature d’exception et aura réussi à sauver l’espoir, ce qui n’est pas rien. Et si aujourd’hui il fait tellement peur à ceux qui dirigent une Chine qui se veut conquérante, c’est qu’il aura porté la flamme de son peuple dont il est devenu le symbole. Au point que parfois, certains oublient – commodément ou selon l’intérêt du moment – la cause d’un pays que nombre de commentateurs, prétendus experts ou spécialistes s’entêtent à estimer perdue.

Les Tibétains, eux, de l’intérieur comme de l’extérieur, s’obstinent tranquillement à être là, à se rappeler au souvenir du monde non pas par une violence aveugle, mais au contraire par une présence particulière au monde qui force l’attention. Au point de provoquer régulièrement l’ire de Pékin, qui n’a pas encore eu le dernier mot en dépit de ses efforts redoublés tous azimuts et démultipliés par une machine de propagande bien rodée. Seul le temps permettra sans doute un jour d’aller au-delà des évidences illusoires, mais pour l’instant, qui donc peut se targuer d’avoir eu des contacts ou d’avoir vu passer autant de personnalités ayant plus ou moins compté sur la scène internationale ? Il y a fort à parier que le XIVe Dalaï-lama peut en remontrer à plus d’un…

Récemment, Barack Obama lui a remis une copie de la lettre que lui avait adressée le président Roosevelt pendant la Seconde Guerre mondiale. Un peu plus tard, très jeune chef d’Etat, le Dalaï-lama a rencontré Mao, Chou En-lai le mandarin rouge, Liu Shaoxi, le maréchal Chou De, Den Xiaoping ; tous les hauts dignitaires indiens, de Nehru à Sonia Gandhi, Rajendra Prasad, Radhakrishna, Indira et son fils Rajiv, L.K.Advani, Narasimha Rao, la Mère, pour ne citer qu’eux. Les têtes couronnées de Thaïlande à la Grande-Bretagne, sans oublier les Pays-Bas, la Grèce, l’Espagne, la Norvège, le Liechtenstein, la Jordanie ; les hiérarques religieux, des archevêques successifs de Canterbury aux papes Paul VI et Jean- Paul II ; le patriarche orthodoxe Pimène I ; Saddrudin Aga Khan, et il a participé à de multiples rencontres interreligieuses, à commencer par Assise. Le Parlement européen et le Congrès américain ont fait salle comble pour l’accueillir. Il s’est entretenu avec des présidents sous toutes les latitudes, du Chili et du Brésil au Mexique, en passant par le Costa Rica, l’Irlande, l’Italie, le chancelier Willy Brandt et la chancelière Angela Merkel, Lech Walesa de Pologne et Vaclav Havel, premier président en exercice à l’avoir accueilli officiellement en son palais de Prague, sans oublier Nelson Mandela ni Mikhaïl Gorbatchev, A. Burg alors qu’il était président du parlement israélien, les présidents américains qu’il a croisés : Carter, Clinton, Bush père et fils, et même Jacques Chirac (alors maire de Paris) ou François Mitterrand (entre deux porte élyséennes), d’autres comme Jospin, Fabius, ou encore l’actuel locataire du Quai d’Orsay en des temps moins frileux, le président Sarkozy qui a payé cher sa timide audace… tant d’autres qui s’inscrivent dans une liste loin d’être exhaustive qui reflète à sa manière une certaine histoire du monde. Et le Dalaï-Lama est toujours là, un regard compatissant posé sur la tragi-comédie du monde, veilleur qui n’en finit pas de scruter la nuit…

« Elle sera longue », avertissait le XIIIe Dalaï-Lama en 1933 dans son testament. Pour le Tibet et les Tibétains, elle n’a que trop duré. Reste à faire entendre aux héritiers des Grand et Petit Timoniers qui s’obstinent à penser au nom du peuple chinois qu’ils ont tout intérêt à rencontrer à leur tour le XIVe Dalaï-Lama s’ils ne veulent pas rater, intelligence politique oblige, l’occasion historique d’assurer l’avenir de leur propre peuple. Car un peuple qui en opprime un autre ne saurait être libre, et la communauté humaine aurait tout à perdre si jamais elle laissait s’éteindre la lumière du Tibet. Quant à ceux qui prétendent qu’il s’agit d’une « cause perdue », il suffit de leur rétorquer qu’aucune cause n’est perdue tant qu’on ne la laisse pas tomber – il est un printemps pour tout hiver, comme il est une aurore au bout de chaque nuit.

C.B.L.


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MessagePosté le: Dim 7 Mar - 19:13 (2010)    Sujet du message: Publicité

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