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Le dalaï-lama, la Chine, la politique et la religion

 
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Sunyata


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MessagePosté le: Ven 11 Mar - 11:18 (2011)    Sujet du message: Le dalaï-lama, la Chine, la politique et la religion Répondre en citant

http://gauthier.blogs.nouvelobs.com/archive/2011/03/11/le-dalai-lama-la-chine-la-pol

Ursula Gauthier, correspondante permanente de l'Obs à Pékin

Pour Pékin, la cause est entendue : quand le dalaï-lama fait une déclaration, c'est toujours « un tour, un truc, une entourloupe ». Le gouvernement chinois ne tombe pas dans ces grossiers panneaux. Le gouvernement chinois ne croit donc pas un mot de l'annonce faite hier à Dharamsala par le dalaï-lama, concernant son très prochain retrait de ses fonctions politiques. D'ailleurs, de quelles fonctions politiques parle-t-il ? « Le soi-disant 'gouvernement en exil' est une organisation politique illégale qui n'est reconnue par aucun pays dans le monde », a rappelé Jiang Yu, la porte-parole du Ministère chinois des Affaires étrangères. « Quoiqu'il fasse au sein de cette organisation politique illégale, cela est dénué de sens et ne peut en rien affecter la stabilité du Tibet », a ajouté Qiangba Puncog, ex-gouverneur de la région autonome du Tibet, et actuel président du comité permanent de l'Assemblée populaire de la région.

Pourquoi alors le dalaï-lama a-t-il fait cette déclaration ? Des journalistes chinois ont eu l'audace de poser la question à Qiangba Puncog qui participe en ce moment à la session annuelle de l'Assemblée Nationale Populaire à Pékin. « Comme d'habitude, le dalaï-lama tient un show politique dans le but d'attirer l'attention de la communauté internationale et d'influencer l'opinion publique », a-t-il répondu. Il est vrai que Qiangba Puncog, bien qu'il soit le « plus-haut-responsable-chinois-d'ethnie-tibétaine », ne peut rivaliser sur ce plan avec le célèbre moine à l'épaule nue...

Notons que les autorités chinoises se sont abstenues de désigner le dalaï-lama par les noms d'oiseaux qu'elles affectionnaient par le passé. On n'a donc pas entendu dans leur bouche des expressions imagées comme « un chacal en robe de moine », ni « le suceur du sang du peuple tibétain ». Cette fois, Jiang Yu s'est contentée de le qualifier de « sournois politicien en robe de moine » et de « cerveau d'une clique d'activistes indépendantistes ».

Quant à Qiangba Puncog, il est le premier en Chine à avoir repris à son compte une formule qui a fait le tour d'internet, le fameux « moine en sandales Gucci », formule rigolote, vacharde (et totalement injuste, comme peuvent en témoigner tous ceux qui ont été frappés par les sandales en plastique du dalaï-lama) due à la plume d'un journaliste américain excédé par la dalaïmania de ses compatriotes. Dans une traduction libre, Qiangba Puncog l'a qualifié de « moine en chaussures italiennes ». Ce qui prouve au moins que l'ex-gouverneur du Tibet « saute le mur » de la censure numérique chinoise pour consulter des pages web sévèrement censurées en Chine. Et accessoirement que Gucci a encore du chemin à faire pour devenir en Chine comme partout ailleurs « le » symbole du luxe (mais ceci est une autre histoire).

L'autre « motivation cachée » attribuée au dalaï-lama nous est révélée par des tibétologues et chercheurs chinois cités dans l'édition anglaise du Global Times. « Il veut en réalité manipuler le choix du prochain dalaï-lama, de façon à trouver quelqu'un qui puisse reprendre ses activités séparatistes », explique Zhao Gancheng, directeur de la section Asie-du-Sud à l'Institut d'Etudes internationales de Shanghai.

La succession politique du dalaï-lama, même si elle n'est pas de nature à inquiéter sérieusement Pékin, agace tout de même les mandarins rouges. Ils ne peuvent en effet ignorer que les Tibétains de Chine (vivant dans les cinq régions et provinces qui constituent le grand espace tibétain) sont très au fait de ce qui se passe de l'autre côté de l'Himalaya, dans la petite bourgade indienne de Dharamsala où vit leur leader spirituel. Comme l'a indiqué la poétesse tibétaine Woeser, interrogée par Le Monde, tous les Tibétains savent que le dalaï-lama a institué un droit de vote effectif en 2001 dont jouissent tous leurs compatriotes de la diaspora. Qu'il tienne aujourd'hui sa promesse de transférer son pouvoir politique à un premier-ministre démocratiquement élu ne peut que contraster favorablement avec l'indéfectible choix dictatorial de la Chine.

Au-delà des Tibétains, les Chinois Han eux-mêmes risquent d'enregistrer l'évènement dans la colonne des arguments « contre » la validité du système. Certes, la diaspora tibétaine ne compte que 150.000 personnes dans le monde -- une poussière au regard des masses chinoises. Mais une telle évolution, venant de la part d'un indécrottable régime théocratique ayant un « dieu-roi » à sa tête, risque tout de même d'ouvrir des supputations dans la tête des Chinois moyens. Ainsi donc, ce régime « esclavagiste » que Pékin s'est acharné à décrire comme particulièrement rétrograde et odieusement obscurantiste, est capable d'évoluer au point d'embrasser une transition démocratique pacifique... Si une théocratie millénaire est capable d'un tel progrès, pourquoi pas une dictature née au milieu du XXe siècle ? Dans la « sphère chinoise » au sens large, la diaspora tibétaine vient ainsi s'ajouter à l'exemple de Taïwan, sapant encore un peu plus la thèse selon laquelle la Chine est consubstantiellement vouée à un système dictatorial.

Reste que « la » question centrale - aux yeux de Pékin comme à ceux de Dharamsala - ne tourne pas tant autour des évolutions politiques, qu'autour de l'épineuse question religieuse de la réincarnation du dalaï-lama. Ce dernier, fidèle à ses habitudes primesautières, envisage publiquement depuis des années une série d'hypothèses inventives : il pourrait « désigner » son successeur de son vivant, pourquoi pas « une femme », ou un « non-Tibétain », pourquoi pas « se réincarner en plusieurs personnes », voire « ne pas se réincarner du tout »... ?

Pékin de son côté, qui refuse de reconnaître l'échec de sa politique tibétaine et attribue tous ses déboires aux « sournoises menées de la clique d'indépendantistes menés par le dalaï-lama », espère que la mort de l'actuel tenant du nom résoudra ses problèmes. Et pour verrouiller totalement la succession, la Chine ne manque pas une occasion d'affirmer son « droit légal » à désigner elle-même la réincarnation du XIVe dalaï-lama.

Peu importe que cette revendication semble du plus haut bizarre, venant d'un parti communiste athée. Peu importe que les Tibétains de Chine ne reconnaissent aucune légitimité au gouvernement chinois concernant leurs affaires religieuses. La précédente grande intrusion chinoise dans ces questions ésotériques -- la substitution du panchen lama (choisi, comme il se doit, par le dalaï-lama) au profit d'un « panchen made-in-Beijing » -- est tout sauf concluante. Malgré la disparition du vrai panchen, alors âgé de 6 ans, avec toute sa famille, et du black-out absolu instauré par Pékin sur son sort depuis seize ans, le « panchen officiel » apparaît toujours comme dénué de toute légitimité aux yeux des Tibétains. Quand ce « faux panchen », qui réside à Pékin se rend au Tibet, les responsables locaux doivent payer des faux fidèles pour faire semblant de demander sa bénédiction, et encore ne réussissent-ils à convaincre que peu de monde - ce qui ressort à l'évidence des rares photos de ces voyages publiées par la presse officielles... Un signe qui ne trompe pas au Tibet, où le moindre rimpoché attire comme un aimant des foules ferventes.

Comment résoudre le casse-tête de sa succession ? Et surtout, comment gérer la période d'incertitude et de bagarre autour de sa réincarnation que sa mort ouvrira certainement ? Parmi toutes les solutions possibles, le dalaï-lama semble s'acheminer vers une sorte de « transition spirituelle » inédite, où le jeune karmapa-lama jouerait le rôle d'une sorte de régent spirituel. Ce dernier, aujourd'hui âgé de 26 ans, est le troisième haut personnage du bouddhisme tibétain (après le dalaï-lama et le panchen lama). Il présente l'avantage unique d'avoir été adoubé à la fois par Pékin et par le dalaï-lama. Certes, il a fui la Chine en 2000 pour rejoindre Dharamsala, mais Pékin n'a pas osé le « déchoir » de son rôle de chef de l'importance école Karma-Kagyu. Les bruits concernant sa nomination à un rôle plus important au sein de la diaspora se font de plus en plus insistants. Selon une information obtenue par Gurvan Le Guellec, du Nouvel Obs, le dalaï-lama avait réservé la Halle Freyssinet dans le XIIIème arrondissement de Paris « pour une grande cérémonie de passation de pouvoirs au karmapa » - cérémonie annulée à cause de « problèmes de visa ».

Ces problèmes ont peut-être à voir avec un pseudo-scandale impliquant le karmapa qui a envahi les médias indiens comme un peu de paille, avant de s'éteindre aussi rapidement qu'il s'est embrasé. Les bruits les plus fous ont couru pendant quelques semaines, la police locale ayant trouvé dans son monastère du Himachal Pradesh des sommes importantes en monnaie étrangère, et spécialement en monnaie chinoise. D'où venait cet argent ? N'était-ce pas la preuve que le karmapa était financé par la Chine ? Jusqu'où allaient ces « liens » suspects avec Pékin ? Après quelques semaines de gorges chaudes sur les tabloïds indiens (qui valent bien leur cousins anglais), le gouvernement vient officiellement de laver le karmapa de ces accusations hâtives en reconnaissant que les sommes en question étaient bien des donations de ses très nombreux fidèles (dont beaucoup viennent de Chine).

On peut s'interroger sur le timing de ce pseudo-scandale, et se demander « à qui profite le crime ». La Chine n'est pas, comme on sait, novice en matière d'« entourloupes »... Sans se lancer dans des scénarios impossibles à vérifier, il ne fait pas de doute que Pékin redoute par-dessus tout de se retrouver face à une situation totalement nouvelle concernant la succession du dalaï-lama. Il ne fait pas de doute non plus que le dalaï-lama, qui n'a pas réussi à convaincre Pékin de discuter avec lui, s'ingéniera à trouver des solutions inventives (démocratie, nouvelle formule de succession) qui permettront aux Tibétains d'affronter l'échéance de sa disparition.
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Dans la plupart des pays, les citoyens possèdent la liberté de parole. Mais dans une démocratie, ils possèdent encore la liberté après avoir parlé.
André Guillois

Sunyata
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MessagePosté le: Ven 11 Mar - 11:18 (2011)    Sujet du message: Publicité

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