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UN JOUR DE JANVIER, LE TIBET A AUROVILLE

 
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Sunyata


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MessagePosté le: Lun 12 Oct - 22:31 (2009)    Sujet du message: UN JOUR DE JANVIER, LE TIBET A AUROVILLE Répondre en citant

http://carpediem.pellnet.ch/claudelevenson/lettres/UNJOURDEJANVIERLETIBETAAUROVILLE.pdf

Hasard des calendriers ou simple coïncidence, toujours est-il qu’au moment où les
caméras du monde et les appareils numériques de milliers d’Américains ou autres se
tournaient dans le froid vers la Maison Blanche, une autre cérémonie se mettait en place en
terre indienne, près de Pondichéry, plus précisément à Auroville – la ville de l’aube. Ce
même jour, le 20 janvier, à quelques heures de différence (décalage horaire oblige) le Dalaïlama
inaugurait le Pavillon de la culture tibétaine. Plus modeste certes, l’événement n’en
revêtait pas moins une signification singulière dont le symbole profond n’a échappé à
personne sur place.

Là-bas, au loin dans la grande ville aux prises avec les remous d’une crise reflétant les
incohérences d’une société globalisée, c’était un passage de relais chargé de tant
d’expectatives qu’il sera difficile de répondre à tous les espoirs. Ici, un peu en marge et de
l’actualité locale et de l’existence quotidienne d’un grand pays toujours en train de se
chercher, un coin de terre au calme, boisé, légèrement poussiéreux sous un ciel dégagé, où le
rêve confine à l’utopie d’une société humaine harmonieuse (ou ‘accordée’, comme l’on
accorde un instrument de musique ?) et où s’ouvre dorénavant aux amateurs un pavillon bâti
expressément afin de faire rayonner une culture en perdition en ses terres ancestrales.

Démarré en 1993, le projet semblait relever de l’utopie. Le rêve est pourtant devenu
une réalité désormais ancrée dans la pierre, dans l’élégance d’un bâtiment aux couleurs
blanche et brique, à la fois moderne et fidèle à l’originalité de l’architecture traditionnelle
tibétaine, mais aussi à l’esprit des fondateurs du lieu. Recherche spirituelle, voire religieuse,
sans doute à proximité de l’ashram d’Aurobindo, mais également expérience de vie en
communautés libres fondées sur le respect des valeurs humaines fondamentales, sur le respect
mutuel de chacun de celles et ceux qui tentent l’aventure.

Ce jour-là, dans la matinée ensoleillée sous-tendue d’une joyeuse fébrilité tandis que
chacun, chacune s’activait aux ultimes préparatifs et à trouver sa place à l’ombre plutôt qu’au
soleil, un jeune Aurovillien – la trentaine, engagé sur place depuis 2002 et ravi d’y être – m’a
dit : « Depuis quelques jours, il y a quelque chose de léger et de joyeux dans l’air, un air plus
transparent, une attente… » Réflexion faite, il ne devait pas avoir tout à fait tort : l’ouverture
du pavillon tibétain ne s’inscrit pas dans la banalité de l’inauguration des chrysanthèmes,
l’attente était perceptible comme une brise en goguette. Même les forces de l’ordre dépêchées
officiellement sur place avaient le sourire sous la moustache, et les volontaires assurant la
garde autour du périmètre délimité par des bambous autour de la grande tente se montraient
aussi efficaces que prévenants.

Bénéficiant du patronage de l’Unesco depuis son inauguration en 1968, Auroville
poursuit vaille que vaille son petit bonhomme de chemin et s’efforce de traduire dans une
réalité matérielle plus tangible les rêves de ses fondateurs par le biais de projets de
développement durable en accord avec son environnement local. Sa « zone internationale »
accolée au Bharat Niwas (Maison de l’Inde, associée à l’ashram de Pondichéry) est encore en
friche. Par un paradoxe coutumier dès que quelque chose touche au « toit du monde », le
pavillon tibétain est le premier à sortir de terre pour s’inscrire dans l’espace. D’autres
devraient suivre un jour, si les bonnes volontés et les fonds le permettent, en vue de constituer
ce lieu de discussions et d’échanges d’idées souhaité par le sage indien et son héritière
spirituelle, celle que ses fidèles appelaient « Mère » et dont se réclament encore des résidents
d’Auroville.

Matérialisation d’une aspiration fondamentale à la paix et à la tolérance entre les êtres,
le pavillon tibétain, inspiré du mandala du Kâlachakra (la Roue du Temps) porte à sa manière
témoignage de l’existence irrécusable de la civilisation tibétaine, comme de la menace aiguë
pesant sur sa survie et de la détermination de durer du peuple qui l’a créée au fil des siècles.
Lieu de rencontres ; d’apprentissage et de partage, le bâtiment offre autour d’un patio
intérieur des salles de séjour, d’exposition, de réflexion, de lecture et d’enseignement. Pour
cette première journée, une petite dizaine de moines sont venus planter le décor sonore et
visuel, les Tibétains résidant à proximité avaient revêtu leurs plus beaux atours pour honorer
leur chef spirituel et temporel arrivé pour allumer la flamme de l’espoir en consacrant les
lieux joliment décorés avec une diligente attention.

La cérémonie du matin s’est déroulée dans une ambiance aussi détendue que
recueillie. Un jeune choeur féminin formé par les élèves de l’école d’Auroville a même chanté
quelques chansons en guise d’offrande de bienvenue au Dalaï-lama, qui a joyeusement souri
en les entendant entonner avec entrain en tibétain So so lha gyalo ! (victoire aux dieux !) Et
c’est devant une foule attentive de quelque deux mille personnes – presque toute la population
d’Auroville – que le maître tibétain a parlé dans l’après-midi de la responsabilité universelle
face au monde dans lequel nous vivons. En un sens, nous sommes tous embarqués sur le
même bateau et chacun, chacune, devrait assumer ses responsabilités envers soi-même et
envers tous les autres…

Vaste programme, certes, mais à l’heure où l’aspiration au changement prend des
allures de vent qui souffle en divers coins de la planète, le symbolisme d’un pavillon tibétain
rayonnant de sa lumière singulière au coeur d’un monde en devenir prend soudain un relief
particulier. Et ce symbole paraît d’autant plus puissant qu’il se situe à proximité immédiate du
Matrimandir, un impressionnant dôme doré marquant le point focal d’Auroville – lieu non pas
de pèlerinage ni de prière, mais de méditation dans un décor silencieux et frais de marbre
blanc où le visiteur est invité à parcourir en quelque sorte un chemin initiatique, en faisant le
vide en soi pour se fixer sur la boule de cristal et de lumière renvoyant en son centre par un
jeu de miroirs le ruissellement du soleil. Symbole aussi d’un pays privé de sa propre terre, et
preuve en même temps que ce ne sont ni les gouvernements ni les institutions qui détiennent
la justice et la vérité. De quoi se prendre à rêver…

A la croisée de tous les antagonismes, les paradoxes et les contradictions d’une
communauté humaine mondialisée à la va-vite avec la course au profit pour perspective, les
propos d’un maître de sagesse ne sont jamais de trop. Surtout lorsqu’il rappelle avec une
inlassable sérénité « l’importance de la paix intérieure comme fondement de la paix
extérieure, celle d’une communauté humaine où le dialogue peut s’instaurer en abandonnant
la haine et le mépris, dans le respect véritable de l’autre. Plus que jamais, nous avons besoin
aujourd’hui d’un véritable effort visant à promouvoir un esprit authentiquement humain de
respect de chacun, sans distinction de race, de culture, d’origine ou de religion, c’est ce qui
importe…» Et de préciser encore le lendemain sur la scène du grand auditorium de
l’Université de Madras rempli à ras bord par une foule joyeuse d’étudiants qui l’ont accueilli
par une puissante ovation : « Notre siècle, le XXe, avec ses horreurs et ses injustices est
révolu. A vous, la jeunesse, de tenir les promesses du XXIe s., vous êtes la fondation d’un
nouveau monde, pas seulement par des prières, mais d’abord par l’éducation, préparez-vous à
cette tâche et vous réussirez… »

C.B.L.


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MessagePosté le: Lun 12 Oct - 22:31 (2009)    Sujet du message: Publicité

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