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AU TIBET L’AN 9 SOUS LA BOTTE CHINOISE

 
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Sunyata


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PostPosted: Mon 12 Oct - 22:33 (2009)    Post subject: AU TIBET L’AN 9 SOUS LA BOTTE CHINOISE Reply with quote

http://www.claudelevenson.net/lettres/Newsletterfvrier2009.pdf

Le Tibet, tout le Tibet – la Région dite autonome ainsi que les marches orientales
historiques du Kham et de l’Amdo enclavées dans les provinces du Gansu, Sichuan et
Qinghai – à nouveau fermé aux étrangers jusqu’à fin mars ou avril, en dépit des affirmations
officielles péremptoirement réitérées que le calme règne sur le toit du monde. De lourdes
condamnations pour 76 « fauteurs de désordres publics », y compris 9 moines de Samyé, lors
des événements du printemps 2008, en guise d’avertissement. Juste avant le Losar et surtout
la date fatidique du 10 mars. Quelques détenus en piteux état relâchés de crainte de les voir
mourir en prison. Des Tibétains dans les zones rurales contraints sous peine d’amendes ou de
brimades de ‘participer’ pour l’occasion à des réjouissances de Nouvel an alors que le coeur
n’y est pas. Sans oublier la décision ajoutant l’insulte à la blessure d’instituer le 28 mars
comme jour férié en guise de « journée de libération des serfs ». Des clichés subrepticement
évadés prouvant la présence renforcée de militaires armes au poing à Labrang, devant le
Jokhang à Lhassa et dans d’autres monastères. Des centaines d’arrestations (près d’un millier)
préventives, des mises en garde et des menaces explicites – si toutes ces informations
n’illustrent pas le quotidien d’un pays non pas « sous contrôle » (comme le dit la propagande
officielle), mais simplement occupé, c’est signe que les mots, qui nomment les choses, sont
singulièrement dévalorisés. Ou ne veulent plus rien dire.

Et pendant ce temps, au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, le fameux EPU
pour « Examen périodique universel » si fièrement brandi comme la panacée à tous les maux
qui ont fait sombrer la défunte Commission des droits de l’homme dans le discrédit, passe en
revue le dossier de la Chine. Un exercice si futile que Human Rights Warch n’a pas hésité à le
qualifier d’échec. Rappelons que ladite épreuve se fonde sur des rapports et documents
préparés et fournis par le gouvernement du pays sur la sellette. Les « pairs » sont les autres
membres du Conseil, c’est-à-dire les représentants mandatés des pays membres de
l’honorable ( ?) institution. Les autres pays et les ONG peuvent poser des questions et
présenter leurs points de vue, qui sont résumés par les fonctionnaires du Secrétariat aux droits
de l’homme à l’intention des participants au débat, dont le nombre est strictement limité, de
même que leur temps de parole.

D’emblée il est apparu qu’en ce qui concerne l’examen de la Chine, les dés étaient
pipés : dans la présentation du dossier, aucune référence aux questions précises émanant
d’ONG, tandis que toute remarque jugée (par qui ?) désobligeante de certains (trop rares)
gouvernements a été gommée. Si bien que le choeur devenu habituel des dictatures et
autoritarismes divers qui mènent le bal au Conseil a eu tout loisir de tresser des louanges au
régime chinois après avoir béatement écouté l’émissaire de Pékin égrener les bienfaits du
régime en vue de faire le bonheur du peuple et de civiliser les « minorités ». Pas un traître
mot du Tibet ou des Ouïghours, ni des dissidents incarcérés, ni des mécontents privés de
parole, ni des récalcitrants qui osent encore redresser la tête : ils n’existent pas. Circulez, il
n’y a vraiment rien à voir. Le silence des démocraties – ou de ce qui en reste – devient
assourdissant.

Et pendant ce temps, le Fils du ciel – pardon, du Parti communiste – de service à
Pékin, Hu Jintao en personne (celui qui a été surnommé « le boucher de Lhassa » en raison de
sa politique de répression au Tibet à la fin des années 1980) fait tranquillement une tournée
officielle dans quelques pays amis. A commencer par l’Arabie saoudite (cet autre champion
des droits de l’homme, et surtout de la femme) tandis que le porte-parole chinois s’empresse
de préciser, à la veille de son départ, que « ce déplacement n’a rien à voir avec le pétrole,
c’est uniquement une visite d’amitié » . Ce qui va sans dire va toujours mieux en le disant. Ce
qui n’a pas empêché l’ami chinois de signer un joli contrat (près de trois milliards de dollars)
avec son ami le roi pour la construction d’un monorail dans la ville sainte de La Mecque, afin
de faciliter le parcours des pèlerins…

Autant pour le PDG d’Alsthom qui se plaignait au début de l’année des tentatives
chinoises d’exporter des « technologies étrangères », contrairement aux engagements
contractuels signés avec de grands consortiums dont sa firme fait partie. Le reste du voyage
africain s’est déroulé sur tapis rouge en pays conquis, car bien sûr, l’amitié n’a pas de prix…
Dans le même temps, ce bon M. Raffarin s’efforçait d’amadouer ses hôtes à Pékin afin de
panser définitivement ( ?) les blessures d’amour-propre chinois et de rétablir les « liens
cordiaux » entre les deux pays. En attendant le prochain faux-pas d’une opinion publique ‘mal
informée’ ou d’un responsable téméraire que Son Impériale Majesté pékinoise s’empresserait
de rappeler à l’ordre ?

Lors de son bref voyage récent en Europe – Rome, Venise et Baden-Baden – le Dalaïlama
a rappelé, en réponse à une question, que la situation était « tendue » au Tibet et que des
troubles pouvaient se produire. Pékin a réagi au quart de tour en l’accusant de fomenter le
désordre et l’insécurité. Pour justifier les mesures coercitives annoncées, l’interdiction aux
journalistes d’aller vérifier les faits sur place et tenter de faire passer pour argent comptant
une propagande minutieusement orchestrée ? Un ouvrage intitulé « Nous avons vu mourir
l’Espagne » vient de paraître aux Etats-Unis. Soixante ans d’occupation, cinquante ans d’exil
et de résistance même passive tissent la toile solide de l’existence tibétaine depuis de longues
années, avec en point de mire l’espérance d’un retour trop longtemps différé. Plus que jamais
le temps presse : l’endurance, l’espoir et la solidarité sont nécessaires pour aller jusqu’au bout
du chemin. Pour que demain nul ne puisse compiler un recueil sous le titre « Nous avons vu
mourir le Tibet »…

C.B.L.


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