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Le dalaï-lama impuissant à réconforter son peuple

 
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Sunyata


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MessagePosté le: Ven 12 Avr - 08:03 (2013)    Sujet du message: Le dalaï-lama impuissant à réconforter son peuple Répondre en citant

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/54bc3d70-a2e2-11e2-9410-1966f4927754/Le_dala%C3%AF-l

L’immolation de jeunes Tibétains répond à une situation de révolte et de détresse mêlées. Une situation insoutenable à laquelle le légendaire chef spirituel répond avec un angélisme déconcertant, estime le psychanalyste Mario Cifali, qui réagit au récent entretien avec le dalaï-lama paru dans nos pages

Chaque gouvernement a sa part de responsabilité dans la ­violence faite au peuple tibétain. La Suisse a beau accueillir la plus grande diaspora tibétaine en ­Europe, elle redoute l’opprobre du gouvernement chinois. Pour preuve, elle s’abstient de recevoir officiellement le dalaï-lama [lequel sera à Fribourg ce week-end, puis à Lausanne lundi, voir LT du 18.03.2013].

S’agissant du suicide des fils et des filles d’un peuple pacifiste, se taire est déjà un crime. Juger de l’immolation de la jeune Tibétaine de 23 ans, Tingzin Dolma, qui s’est tuée le 15 novembre 2012 au seuil d’un temple bouddhiste, c’est ­traiter de la seule vraie question philosophique et sociétale. Albert Camus le souligne en d’autres circonstances.

De l’enfance au grand âge, l’être humain réagit par la violence à la violence. Personne n’est insen­sible ou neutre face à la barbarie. Le suicide est un acte qui plonge dans les abîmes. Il enfreint le tabou du meurtre et le dévoile. Il mobilise le sens premier et dernier du vivant.

Depuis trois générations, les ­Tibétains vivent des saisons en ­enfer. Nombre d’entre eux, moines et civils, actualisent leur désespoir. S’immoler est devenu leur dernier recours, leur SOS à l’adresse des pays démocrates. Ils réclament justice et humanité. ­Ils veulent le retour au pays de leur père ­spirituel, le dalaï-lama.

Pour la pensée d’un Occidental, rien n’est perceptible de leur comportement s’il ignore l’éthique à la base de leur spiritualité. Rien n’est concevable s’il méconnaît le sens bouddhique de leur croyance en la transmigration des âmes. Comprendre par exemple que le vivant du corps est la demeure de l’esprit migrateur, et que celui-ci investit une nouvelle créature à l’instant de la mort, c’est essentiel pour saisir les actions dictées par la symbolique tibétaine.

Depuis 1950, date de l’invasion des communistes maoïstes, les ­Tibétains sont les otages du pouvoir chinois. Leurs faits et gestes sont placés sous haute surveillance. Partout la police réprime les moindres manifestations contestataires. Partout les Chinois décident de la gouvernance du peuple tibétain.

A situation désespérante, réponse désespérante. Peut-on croire en des changements de la politique de Pékin? A ce jour, la deuxième puissance mondiale ne rend des comptes à personne, hormis aux valeurs pécuniaires. Militairement forte, elle impose sa volonté aux minorités, que se soit aux Tibétains ou aux Ouïgours. Sans scrupule, elle bafoue leurs ­libertés, méprise leur identité et condamne. Elle impose son idée du progrès. Elle affole et rend belliqueux les privilégiés autant que les démunis. Elle ne se soucie ni de ce qui est humain, ni de l’inhumain.

«Je te tue en me tuant. Je tends vers toi le miroir de ton crime.» C’est ce que disent aux Chinois les Tibétains qui s’immolent pour protester contre la destruction de leur culture, de leur langue et de leurs valeurs spirituelles. Par le suicide, tant individuel que ­collectif, leur vie se venge de l’invivable.

Plutôt que de combattre par les armes l’envahisseur persécuteur, les jeunes Tibétains se tuent. Leur philosophie les mène au sacrifice d’eux-mêmes. Le dalaï-lama a beau ne pas encourager officiellement les immolations, il n’affirme pas moins: «Si l’immo­lation répond aux soucis du dharma (devoir de vie) et du bien-être des gens, c’est vertueux*.»

Prétendre qu’un devoir est seul en cause ne rend pas admissible le drame suicidaire, ce d’autant qu’il s’agit de la souffrance non d’un individu isolé ou d’individus fragiles, mais du désespoir d’une entière communauté.

Que je sache, le bouddhisme est une religion de la quête de la dé­livrance et du bonheur. Pacifiste, le dalaï-lama n’appelle pas son peuple à s’insurger. Il lui demande de suivre la voie de la non-violence. Fût-elle vertueuse, cette voie témoigne toutefois d’une «sainte» naïveté. Elle s’imagine que le despote est capable de renoncer à sa cruauté. C’est mal apprécier son projet.

Bien qu’elle invite à connaître le monde des émotions, de la peur, de la colère et de la frustration, la psychologie du dalaï-lama ­pèche par angélisme. Donner à entendre «L’attitude de chacun (les Tibétains y compris) contribue aux causes malheureuses et aux conditions qui créent l’ennemi» ne va pas de soi. Le discours pacifiste, comme ce fut le cas pour Gandhi, s’avère inadapté pour juger de la violence. Ce qui est à l’œuvre dans le suicide des moines ou de la jeune Tingzin n’est pas affaire de belle âme. L’arme de la cruauté est sans appel lorsqu’elle frappe.

Comment croire en la vertu de la non-violence lorsque le désespoir et la révolte poussent à s’immoler? Invoquer le dharma ou le fatum des puissances obscures ne suffit pas. Qu’est-ce le sacré, si je renonce à l’amour de la vie? Prêcher la voie du bonheur et tolérer, au nom du dharma, du karma et de la réincarnation, le suicide de ses enfants est on ne peut plus insoutenable dans le cœur d’un père.

Le Tibet n’est pas dans un rapport d’harmonie avec l’empire chinois. Chef spirituel des Tibétains, le dalaï-lama prêche l’égalité malgré la cruauté de ceux qui maltraitent son peuple. En la circonstance, affirmer «Nous ­sommes tous les mêmes êtres humains: mentalement, émotionnellement, physiquement» est malvenu. Cette idéalisation fait peu cas des singularités et des puissances diaboliques tapies dans les bas-fonds de l’inconscient politique.

Mentaliser une situation de désespoir ne suffit donc pas. Percevoir l’abîme du suicide est affaire autrement vitale. Passer à l’acte de la destruction de son corps relève d’une tentative inouïe où le désespoir s’unit à la révolte. Les Tibétains qui s’immolent lancent un appel de survie à leur peuple, à l’opinion internationale et à leur envahisseur. Il est de notre devoir de vie de les défendre, de dire non à la barbarie. L’éthique psychanalytique ne saurait soutenir le contraire.
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Dans la plupart des pays, les citoyens possèdent la liberté de parole. Mais dans une démocratie, ils possèdent encore la liberté après avoir parlé.
André Guillois

Sunyata
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MessagePosté le: Ven 12 Avr - 08:03 (2013)    Sujet du message: Publicité

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